Approche méthodologique
Définition et catégories
L’enquête vise à faire la lumière sur les différents facteurs agissant sur les modes de réintégration des migrants de retour au Maghreb. Elle a pour objectif de mettre en relief l’hétérogénéité croissante des catégories de migrants de retour et, partant, de leurs besoins respectifs ; l’objectif étant de créer un outil de compréhension et d’analyse des modes de réintégration dans le pays d'origine.
La définition du migrant de retour, employée par l’équipe du MIREM, est la suivante :
Toute personne retournant vers le pays
dont elle est ressortissante, au cours des dix dernières années, après avoir été un migrant international
(à court ou long terme) dans un autre pays. Le retour peut être temporaire ou permanent. Il peut également être décidé de manière autonome par le migrant ou contraint par des circonstances imprévues.
Cette définition s’inspire partiellement de celle recommandée par les Nations Unies. Elle se limite aux personnes retournées vers leur pays d’origine au cours des dix dernières années dans la mesure où cette limite temporelle permet, au cours de l’entretien, d’évaluer l’impact de l’expérience migratoire vécue par le répondant sur les modalités de réintégration. Elle a aussi l’avantage de permettre au répondant de relater son expérience migratoire, au cours de l’entretien, avec une plus grande précision.
Deux grandes catégories de migrants de retour ont été prises en compte :
- Les migrants décidant de rentrer dans leur pays d’origine de leur propre chef;
- Les migrants contraints au retour dans leur pays d’origine.
Au fur et à mesure que procédait l'analyse des données recueillies, il est apparu que la distinction entre migrants ayant décidé de retourner au pays et migrants ayant été contraints au retour constituait une élément clé dans la compréhension des modes de réintégration des migrants de retour.
Outre cette distinction de base, les enquêtés appartiennent à de multiples catégories socioprofessionnelles, à savoir :
- Salariés ;
- Chefs d’entreprise ;
- Chômeurs/demandeurs d’emploi ;
- Etudiants ;
- Retraités ;
- Femmes au foyer.
Plusieurs profils de
migrants de retour ont été identifiés. Ils se distinguent les uns des autres en
fonction :
- des modalités de réintégration ;
- des facteurs, favorables ou non, ayant motivé le retour ;
- du capital humain et financier acquis et des modes de mobilisation des ressources ;
- du contexte de retour ;
- de la durée et du type de l’expérience migratoire.
Identification des lacunes et plan de sondage
C’est sur la base de l’information existante et non existante qu’ont été définies les données précises à recueillir par enquête. Celles-ci s’attachent principalement à comprendre :
- les facteurs ayant motivé le départ du migrant ;
- l’impact de l’expérience migratoire du migrant vécue à l’étranger sur ses conditions de retour et les facteurs ayant motivé le retour ;
- les différentes conditions post-retour du migrant et ses perspectives de réintégration.
L’inventaire, aussi bien statistique que documentaire,
a servi à identifier les paramètres nécessaires à l’établissement d’un plan de
sondage et à déterminer les catégories de migrants à interroger et les régions
géographiques à privilégier dans chaque pays du Maghreb. La stratification
géographique a été déterminée collectivement au cours de réunions de travail
organisées à l‘Institut Universitaire Européen et mobilisant tous les partenaires institutionnels du projet
MIREM :
- L’Institut Universitaire Européen (IUE, Florence) ;
- Le Centre de Recherche en Economie Appliquée pour le Développement (CREAD, Alger) ;
- L’Association Marocaine d’Etudes et de Recherches sur les Migrations (AMERM, Rabat) ;
- L’Institut National de Statistique et d’Economie Appliquée (INSEA, Rabat) ;
- L’Office des Tunisiens à l’Etranger (OTE, Tunis).
A la suite de ces réunions, plusieurs versions du questionnaire ont étés distribuées et échangées, afin de construire une structure de plus en plus précise et performante.
Des modifications et amendements ont été adoptés, sur la base d’un compromis entre les partenaires, visant à en améliorer l’efficacité sur le terrain, ainsi que la gestion au moment des entretiens directs.
La version définitive du questionnaire se compose de questions fermées. Des questions ouvertes ont cependant étés insérées pour préciser le titre d’étude, la profession principale. La modalité « Autre » a été considérée afin d’apporter des approfondissements, le cas échéant.
Le questionnaire se compose également de questions à réponses multiples dont la structure est dichotomique (présence/absence). Cette formulation a été adoptée afin de faciliter la saisie ultérieure des données sur SPSS. Le recours aux réponses multiples permettait de souligner la complexité de certains thèmes tels que la composition familiale, les branches d’activités des cours de formations et des investissements éventuels opérés par l’enquêté. Dans certains cas, nous avons demandé aux personnes interrogées d’ordonner par priorité certaines réponses afin de classer, par exemple, les raisons du départ et du retour.
Des filtres et des renvois facilitent le déroulement de l’entretien et la saisie des données. De cette façon, des itinéraires et parcours différents ont étés mis en valeur.
Les codes pays employés se basent sur la nomenclature d’Eurostat, ainsi que les codes ISCO (Nomenclature des activités professionnelles) qui, pour les besoins de notre enquête, ont été simplifiés.
Un questionnaire structuré en trois étapes
Le questionnaire, utilisé dans le cadre de notre enquête, a été structuré en trois étapes :
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Étape 1 |
Étape 2 |
Étape 3 |
|
Situation dans le pays d’origine avant le départ |
Séjour dans le principal pays d’immigration[1] |
Retour au pays d’origine |
|
•Caractéristiques démographiques et sociales ; •Départ du pays d’origine ; •Raisons et projets avant le départ vers « le principal pays d’immigration » ; •Composition de la famille avant le départ vers « le principal pays d’immigration » ; •Formation avant le départ pour « le principal pays d’immigration » ; •Situation professionnelle et financière avant le départ vers « le principal pays d’immigration » ; |
•Parcours migratoire ; •Raisons motivant le choix du « principal pays d’immigration »; •Rapport avec les institutions et la société du pays d’accueil ; •Composition de la famille dans le pays principal d’immigration ; •Formation acquise dans le principal pays d’immigration ; •Situation professionnelle et financière dans le pays principal d’immigration ; •Liens/contacts avec le pays
d’origine pendant la période vécue à l’étranger ; |
•Voyage de retour ; •Raisons et facteurs déterminant le retour et durée envisagée du retour ; •Composition de la famille ; •Formation acquise dans le pays d’origine après le retour ; •Situation professionnelle et financière actuelle ; •Rapport avec les institutions et la société du pays d’origine ; •Liens avec le pays principal d’immigration.
|
Ces trois étapes permettent d’inscrire le processus du retour, qu’il soit temporaire ou permanent, dans une dynamique migratoire complexe et circulaire et d’analyser les facteurs, aussi bien externes que propres au parcours migratoire du migrant de retour, ayant déterminé son processus de réintégration. En d’autres termes, cette approche permet :
- De comprendre, dans quelle mesure, et en fonction de quels facteurs, l’expérience migratoire et l’environnement institutionnel et social ont eu un impact sur les modes de réintégration.
- D’étudier l’évolution du capital humain, social et financier du migrant, afin de mieux appréhender le rôle du migrant comme acteur potentiel de développement;
- De comparer, de manière diachronique, les différentes raisons ayant motivé les différents parcours/projets migratoires.
Préparation des enquêtes
Une fois agréées la configuration et la liste des variables du questionnaire, une pré-enquête fut organisée. L’administration du questionnaire s’est faite par entretiens directs avec les personnes interrogées. L’administration des questionnaires s’est faite par entretiens directs, en face-à-face. La technique " de face-à-face " donne la possibilité de réaliser un taux de réponse plus élevé par rapport aux autres méthodes de collectes de données telles que l'enquête postale ou l’enquête par dépôt-retrait.
La pré-enquête était un préalable nécessaire à l’amélioration des méthodes de collecte. Elle se basa tout d’abord sur la collecte d’une dizaine d’entretiens. Ces derniers ont été ensuite saisis sur un masque commun préparé à cet effet en utilisant le logiciel SPSS. La pré-enquête permit d’optimiser l’organisation et la gestion des entretiens et de corriger les imperfections de certaines questions. Le questionnaire figurant sur le site est issue de nombreux amendements opérés suite aux résultats de la pré-enquête.
La connaissance du terrain des partenaires institutionnels situés en Algérie, au Maroc et en Tunisie, ainsi que leurs nombreux contacts avec des associations ou réseaux d’entraide aux migrants, a été déterminante pour la rencontre des répondants. Les entretiens se déroulèrent aussi bien dans des lieux publics que privés ou à domicile, principalement en langue arabe et parfois en français.
Chaque partenaire avait pour mission de recruter les enquêteurs dans les régions choisies. Des journées de formation, adressées aux enquêteurs, ont été organisées dans chaque pays afin de s’assurer que :
- Les objectifs de l’enquête étaient bien acquis par les enquêteurs eux-mêmes et qu’ils sachent bien les expliciter au moment de l’emploi du questionnaire ;
Les entretiens s’opèrent selon des règles précises d’éthique protégeant l’anonymat des répondants et respectant l’opinion de ces derniers sans influence aucune ;
- La durée moyenne de chaque entretien se limite à 45 minutes ;
- Les différentes questions, composées de filtres et de renvois, soit correctement gérées par les enquêteurs et que le remplissage par ces derniers se fasse dans les meilleures conditions ;
- Les équipes d’enquêteurs se répartissent bien entre zones ou régions d’investigation, aussi bien urbaines que rurales ;
- Les mesures et règles de contrôle de la collecte soient garanties. A cet effet, chaque partenaire avait la responsabilité de veiller au bon déroulement des enquêtes en sollicitant, si nécessaire, des clarifications.
A la fin de l’enquête, il a fallu vérifier que la stratification
géographique et la distribution entre sexes soient sensiblement identiques aux relevés statistiques officiels afin de pouvoir
appliquer un système de pondération, dans la mesure du possible, basé sur des
sources externes (recensements, autres enquêtes sur le retour dans ces pays…).
332 entretiens ont été recueillis en Algérie, 330 au Maroc et 330 en Tunisie, soit 992 entretiens à l’échelle des trois pays. La stratification géographique s’est opérée de la manière suivante :
En Algérie, les
wilayas d’Alger, de Béjaia en Kabylie, de Sétif à l’Est de la capitale et de Tlemcen à l’Ouest
du pays ont été couvertes.
|
Wilayas |
N |
% |
|
Alger |
104 |
31,3 |
|
Sétif |
82 |
24.7 |
|
Bejaïa |
75 |
22.6 |
|
Tlemcen |
71 |
21.4 |
|
Total |
332 |
100,0 |
Au Maroc, la région centrale et intérieure de Tadla-Azilal et les régions côtières de Casablanca, Chaouia-Ourdigha, Rabat-Salé-Zemmour-Zaër ont été privilégiées.
|
Régions |
N |
% |
|
Tadla-Azilal |
111 |
33,6 |
|
Casablanca |
99 |
30,0 |
|
Chaouia-Ourdigha |
57 |
17,3 |
|
Rabat-Salé-Zemmour-Zaër |
50 |
15,2 |
|
Autres régions |
13 |
3,9 |
|
Total |
330 |
100,0 |
En Tunisie, les gouvernorats de Tunis, Ariana, La Manouba, Nabeul situés au Nord, de Sousse et Sfax situés au Centre, et de Médenine au Sud ont été couverts.
|
Gouvernorats |
N |
% |
|
Tunis |
122 |
37,0 |
|
Ariana |
40 |
12,1 |
|
Sfax |
40 |
12,1 |
|
Sousse |
40 |
12,1 |
|
Nabeul |
28 |
8,5 |
|
Médenine |
25 |
7,6 |
|
Mahdia |
20 |
6,1 |
|
La Manouba |
15 |
4,5 |
|
Total |
330 |
100,0 |
Durée des enquêtes
Les enquêtes ont duré quatre mois et ont commencé simultanément, à l’échelle des trois pays, au mois de septembre 2006. Elles ont pris fin au mois de janvier 2007.
Saisie des données et contrôles
Dès la conception de l’enquête de terrain, tous les partenaires se sont entendus sur l’utilisation d’un masque commun reprenant, bien évidemment, l’ensemble des variables et modalités mentionnées sur le questionnaire unique. Par ailleurs, de nouvelles variables ont été ajoutées afin de faciliter l’exploitation des données et la compréhension des résultats.
Pour éviter tout retard, le traitement des questionnaires a commencé au fur et à mesure que la collecte et le contrôle des données empiriques s’opéraient. La collecte et le traitement simultanés permettait également de vérifier périodiquement que la distribution géographique reflète les grandes tendances statistiques de la population de retour relative à chaque pays du Maghreb. Ces contrôles étaient nécessaires car ils permettaient de valider l’échantillon.
Par ailleurs, chaque partenaire transmettait son fichier temporaire à l’unité de coordination afin que le dépouillement et la saisie des données empiriques se fassent de manière uniforme et selon les normes précises de codifications. Une fois regroupé l’ensemble des fichiers de saisie, un contrôle ultime a été opéré visant à parfaire l’harmonisation des modalités de saisie et de traitement.
Exploitation et analyse des données
Afin de mettre en évidence les principales variables sociodémographiques des personnes interrogées, une liste de tabulations communes a été distribuée. Plusieurs croisements entre variables ont été retenus dans la perspective des rapports d’analyse exploitant les données empiriques recueillies.
Ces croisements permettent d’analyser, de manière comparative, les aspects suivants :
- Raisons et facteurs motivant et/ou déterminant le départ, le séjour et les conditions de retour ;
- Type et durée de l’expérience migratoire vécue par le migrant, avant son retour au pays d’origine ;
- Impact de l’expérience migratoire sur le degré d’insertion professionnelle du migrant dans son pays d’origine (contexte rural et urbain), ainsi que sur le niveau de vie de son foyer ;
- Projets du migrant avant et après son retour ;
- Compétences professionnelles acquises à l’étranger par le migrant ;
- Nature des ressources dont a bénéficié le migrant, le cas échéant, afin de garantir sa réintégration socioprofessionnelle ;
- Liens conservés par le migrant de retour avec son ancien pays d’immigration ;
- Avantages dont peut avoir bénéficié le migrant de par son statut, dans son pays d’origine ;
- Investissements opérés par le migrant de retour, dans son pays d’origine ou dans son pays d’immigration ;
- Perception/évaluation par le migrant de son environnement institutionnel.
L’exploitation des données comportera des analyses :
- descriptives. A cet effet, l’analyse se basera sur des tabulations mettant en relief l’évolution de certaines variables par rapport aux trois étapes du questionnaire citées ci-dessus. De plus, il sera possible d’identifier plusieurs profils de migrants de retour se distinguant les uns des autres en fonction de leurs modes de réintégration ;
- exploratoires, par l’emploi d’analyses factorielles (analyses en composantes principales, analyses des correspondances multiples et méthodes de classification) effectuées grâce à un logiciel approprié et par l’emploi de variables démographiques, économiques et sociales. Un des avantages de l’utilisation des analyses factorielles réside dans la possibilité de bénéficier d’outils de description synthétique variés et complémentaires aux méthodes plus classiques d’analyse démographique ;
- interprétatives. Des modèles de régression permettront de vérifier la dépendance fonctionnelle de certains éléments jugés déterminants dans le cadre d’une série de variables dites explicatives ou indépendantes. On testera plusieurs modèles afin d’arriver à l’estimation d’un modèle parcimonieux comportant uniquement les variables indépendantes significatives.








